Architecture de coordination de l’action humanitaire des ONG et inter-agences

Read in   عربيEnglish

Système international de coordination humanitaire inter-agences 

Lorsqu’un gouvernement demande une aide humanitaire, son appel déclenche l’exécution d’une série d’accords mondiaux concernant différents types de structures de coordination selon l’ampleur et le type d’urgence. 

Le système international de coordination humanitaire inter-agences actuel a été adopté par la résolution 46/182 de l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 1991. Cette résolution a créé 12 principes directeurs visant à renforcer l’aide et la coordination humanitaire de l’ONU, ainsi qu’un ensemble de structures d’encadrement et de soutien, dont le rôle de Coordonnateur des secours d’urgence (ERC), le Comité permanent interorganisations (IASC) ainsi qu’un secrétariat, plus connu aujourd’hui sous le nom de « Bureau de la coordination des affaires humanitaires » (OCHA). (l’OCHA fait partie du Secrétariat des Nations Unies chargé du soutien à l’ERC et de la coordination des acteurs afin de garantir une intervention d’urgence synchronisée. Il fournit un cadre pour les situations impliquant des structures de coordination humanitaire internationale en faveur des non-réfugiés et/ou des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, dans lequel chaque acteur humanitaire peut contribuer à l’effort d’intervention globale.)

L’IASC constitue le principal mécanisme de coordination inter-agences de l’aide humanitaire. Ce lieu d’échange unique en son genre réunit des agences humanitaires de l’ONU, le CICR, la FICR et des ONG.

Le Coordonnateur des secours d’urgence préside l’IASC, dirige l’OCHA et, à ce titre, est chargé de la supervision de toutes les situation d’urgence nécessitant une aide humanitaire des Nations Unies. Il/elle est le principal interlocuteur pour les activités de secours gouvernementales, intergouvernementales et non-gouvernementales.

 

Améliorer la coordination, l’intervention et l’encadrement humanitaire : la Réforme humanitaire et l’Agenda transformatif 2005-2014

 

Au vu des conséquences graves de l’absence d’accords officiels et de cadre de coordination solide et reconnu, la communauté humanitaire internationale, par le biais de l’IASC, a entamé depuis 2005 un programme de réforme appelé « Réforme humanitaire ». 

 

Il vise à améliorer l’efficacité des interventions en garantissant une prévisibilité, une redevabilité et une coopération accrues. Grâce à lui ont été mis en place :

  • un financement humanitaire plus adéquat, plus ponctuel, plus flexible et plus efficace, notamment par le biais du Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF) ;
  • un système de coordination humanitaire renforcé assurant un encadrement et une coordination plus stratégiques à l’échelle intersectorielle et sectorielle ; et
  • une approche par « groupes sectoriels » pour renforcer les capacités dans les domaines présentant des lacunes, qui s’inscrit dans le cadre d’efforts plus vastes visant à garantir une capacité d’intervention adéquate, un encadrement, une redevabilité et une prévisibilité fiables et de meilleure qualité, ainsi que des partenariats solides dans tous les secteurs.

Malgré la fin de la Réforme, des problèmes subsistent et des points restent à améliorer. Depuis 2011, l’Agenda transformatif (TA), www.humanitarianinfo.org/iasc modifie l’architecture humanitaire internationale en mettant davantage l’accent sur un encadrement solide ainsi que sur des systèmes et des procédures visant à renforcer la redevabilité et la prévisibilité.

 L’Agenda transformatif a également introduit une classification de « niveau 3 » pour les situation d’urgence de plus grande ampleur. Le « niveau 3 » désigne un mécanisme ayant pour but de mobiliser les moyens adéquats de l’ensemble du système humanitaire pour répondre collectivement à une crise humanitaire majeure. Il s’agit d’une mesure exceptionnelle adoptée pour faire face à des circonstances extrêmes. Le niveau 3 accompagne l’activation de mesures spécifiques pour garantir la mise en place d’une architecture humanitaire appropriée afin de gérer l’intervention. Il détermine le caractère prioritaire de la situation par rapport aux crises mondiales.

 

Coordination et composantes d’encadrement de l’IASC à l’échelle nationale

Fonctionnaire des Nations Unies, le Coordonnateur des opérations humanitaires (HC) représente le grade le plus élevé de l’organisation dans un pays en proie à une urgence humanitaire. Celui-ci est nommé par le Coordonnateur des secours d’urgence (ERC), à qui il rend également compte lorsqu’une nouvelle urgence apparaît ou qu’une situation humanitaire existante « s’aggrave en degré ou en complexité ». Les postes de Coordonnateur des opérations humanitaires et de Coordonnateur adjoint des opérations humanitaires relèvent de l’IASC, c’est-à-dire qu’ils sont au service de la communauté humanitaire tout entière, y compris des ONG. En revanche, le poste de Coordonnateur résident (RC) relève de l’ONU.

Les Coordonnateurs adjoints des opérations humanitaires (DHC) sont nommés lorsqu’une situation humanitaire s’aggrave en degré ou en complexité et nécessite un soutien supplémentaire pour les responsables humanitaires en place. Un DHC peut être posté soit dans la capitale avec le Coordonnateur des opérations humanitaires, soit dans la zone la plus touchée par la crise. Les DHC sont nommés par le Coordonnateur des secours d’urgence en consultation avec l’IASC.

Implications pour les forums d’ONG : bien que les ONG puissent organiser des réunions bilatérales avec le Coordonnateur des opérations humanitaires, il est impératif que les instances de coordination des ONG se réunissent régulièrement avec lui/elle. 

 

L’équipe humanitaire dans le pays (HCT) est un organe de prise de décision et de surveillance stratégiques et opérationnelles mis en place et dirigé par le Coordonnateur des opérations humanitaires pour encadrer et coordonner l’aide humanitaire internationale en soutien des efforts nationaux déjà déployés. Il ne s’agit pas d’une structure ouverte à tous : l’équipe est composée uniquement d’agences opérationnelles pertinentes telles que des agences, des fonds et des programmes de l’ONU, l’Organisation internationale des migrations (OIM), les ONGI et les ONGN ainsi que le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Certaines HCT sont ouvertes aux donateurs. Les agences qui sont désignées comme des « groupes sectoriels » représentent à la fois leur groupe et leur organisation au sein de la HCT. Cette dernière est chargée d’identifier les problèmes stratégiques communs liés à l’action humanitaire.

Implications pour les forums d’ONG : le nombre de sièges disponibles pour les ONG dans la HCT est décidé dans le pays. Il existe de nombreux exemples où les ONG disposent du même nombre de sièges que l’ONU (de même, il existe de nombreux exemples où les ONG disposent de trop peu de sièges). Selon l’avis de l’IASC, bien que les représentants des ONG à la HCT (qui peuvent être une équipe nationale de l’IASC ou une autre structure incluant l’ONU, les ONG ou des organes de coordination de l’action des ONG et d’autres parties prenantes clés d’un pays) puissent être issus d’un consortium ou d’une organisation parapluie (le cas échéant), cette représentation doit être complétée par des ONGN et des ONGI opérationnelles. La HCT est un organe chargé de prendre des décisions stratégiques et opérationnelles pour l’ensemble de la communauté. En tant que tel, ses membres doivent influencer les décisions pour le compte de l’ensemble de la communauté et non pour leurs intérêts particuliers. Le choix des représentants des ONG qui siègent à la HCT, quant à lui, relève de la communauté entière des ONG. L’organe de coordination de l’action des ONG peut être chargé de choisir les représentants des ONG, de débattre de l’agenda de la HCT avec les membres et de leur en référer par la suite.

 

Groupes sectoriels et groupes de travail

Les groupes sectoriels assurent l’encadrement du secteur, seuls ou à plusieurs, et sont chargés d’apporter une aide humanitaire appropriée et adéquate (http://www.humanitarianresponse.info/clusters).

Les groupes sectoriels sont activés « lorsqu’il existe des besoins humanitaires évidents dans un secteur, lorsqu’un secteur compte de nombreux acteurs et lorsque les autorités nationales ont besoin d’un soutien en matière de coordination. Les groupes sectoriels créent des partenariats entre les acteurs humanitaires internationaux, nationaux, locaux et la société civile. » (http://www.humanitarianresponse.info/clusters)-11 secteurs différents différents possèdent des groupes sectoriels avec des agences chef de files(voir ci-dessous).

Click to open the image in full resolution

 

Les coordinateurs des groupes sectoriels doivent veiller à ce que les inquiétudes et les obstacles propres au secteur, pour lesquels aucune solution n’a été trouvée en interne, soient soulevés et débattus au sein de la HCT. Ils doivent en outre s’assurer que les décisions stratégiques qui s’en suivent sont diffusées et appliquées à l’échelle opérationnelle.

L’encadrement conjoint des groupes sectoriels est une bonne pratique de plus en plus répandue permettant une répartition équitable et probante des responsabilités de l’agence chef de file du groupe sectoriel ou de l’organe de coordination du groupe sectoriel à l’échelle mondiale, nationale ou sous-nationale. Des études montrent que l’encadrement collectif entre l’ONU, les ONG, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et d’autres acteurs majeurs de l’action humanitaire produit généralement des effets positifs en améliorant la qualité du partenariat, du plaidoyer et des informations pour obtenir des résultats.

Des groupes de travail sont mis en place par secteur dans les contextes où il existe des réfugiés (lorsque l’approche par groupe sectoriel n’est pas activée) et dans d’autres situations lorsque le principe de la responsabilité sectorielle n’a pas été retenue ou a été désactivée. Ils sont souvent présents dans les situations de vulnérabilité prolongée, sans qu’il n’y ait toutefois d’urgence majeure. Les groupes de travail suivent à peu près la même logique que les groupes sectoriels mais ne relèvent pas toujours du même organisme chef de file. Dans un contexte de réfugiés, ils sont placés sous la responsabilité du HCR du pays, ainsi que de la HCT si une équipe a été constituée.

Implications pour les forums d’ONG : il est important pour les organes de coordination de l’action des ONG de connaître l’évolution des différents groupes sectoriels et d’encourager les ONG à participer et à assumer des responsabilités, le cas échéant.

 

randomness